Showing posts tagged as "Politiques"

Showing posts tagged Politiques

10 Aug
Il est trop tôt pour renoncer à la diplomatie avec l’Iran | Le Monde
Par Ali Vaez
A Istanbul, le 14 avril, les négociations entre experts iraniens et grandes puissances mondiales se sont conclues sans véritable progrès, si ce n’est la promesse d’une nouvelle rencontre. A Washington comme à Téhéran, les interprétations divergent. Les partisans d’une ligne dure dénoncent une diplomatie vaine, les modérés y voient une nouvelle opportunité manquée qui ne présage rien de bon. Le fossé entre les parties est tel, en raison de profonds malentendus et de différents objectifs, que les dernières négociations étaient vouées à l’échec. Pourtant, les perspectives de sortie de crise par le dialogue sont moins minces qu’il n’y parait.
Le groupe 5+1 (le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne), et l’Iran pensaient être en position de force en arrivant à la table des négociations. Pourtant, en se montrant enclin à reprendre le chemin de la diplomatie, chacun a envoyé ce qui a été perçu par l’autre comme un signe de faiblesse.
Si la rencontre initiale d’Istanbul s’est focalisée sur des formalités, celle de Bagdad, le 23 mai, a vu les parties échanger de véritables propositions, certes peu conciliantes. Le groupe 5+1 a émis une offre en trois volets : que l’Iran halte son enrichissement d’uranium à 20 %, qu’il exporte ses stocks d’uranium enrichi et qu’il ferme la centrale de Fordow. En retour, le groupe 5+1 s’abstiendrait d’imposer de nouvelles sanctions, ouvrirait l’accès restreint de l’Iran aux pièces détachées d’avions, fournirait le réacteur de recherche de Téhéran en énergie nucléaire, et favoriserait la coopération en matière de sécurité nucléaire.
Une proposition que l’Iran a rejetée, exigeant une reconnaissance explicite de son droit à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, conformément au Traité de non-prolifération. Les négociateurs iraniens auraient également présenté une proposition comprenant, entre autres, une coopération accrue avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la mise en œuvre de la fatwa contre l’acquisition d’armes nucléaires du guide suprême, ainsi qu’une coopération en matière de sécurité régionale, notamment sur la situation en Syrie et au Bahreïn. En retour, l’Iran obtiendrait la normalisation du dossier nucléaire et la levée des sanctions internationales.
C’est au cours de leur troisième rencontre à Moscou que les négociateurs ont entamé un dialogue de fond. Bien qu’il n’ait pas abouti, celui-ci a suivi la logique de la négociation, évoluant vers une meilleure compréhension de l’autre sans attentes irréalistes. Téhéran sait qu’il ne pourra pas échapper aux sanctions en ne prenant que quelques mesures superficielles, et Washington et Bruxelles ont conscience qu’en dépit de leurs effets, les sanctions ne forceront pas l’Iran à accepter un compromis.
Ce pragmatisme semble expliquer la décision de poursuivre les discussions à un niveau inférieur. Les réunions à haut niveau, énièmes tentatives de gagner du temps, avaient en effet peu de chance de réussir, tant les divergences alimentent le jusqu’au-boutisme. A l’inverse, les réunions abordant des sujets techniques peuvent avoir lieu dans une atmosphère moins chargée, loin des polémiques politiques.
Si le dossier nucléaire iranien est un sujet éminemment politique, la coopération à ce niveau est quasi inexistante, alors qu’un progrès réel est possible dans le domaine technique. Les deux parties semblent prêtes à trouver un compromis pour arrêter l’enrichissement d’uranium à 20 %, niveau dangereusement proche de l’usage militaire. L’Iran devrait accepter de suspendre ses activités d’enrichissement à ce niveau et de convertir ses stocks d’uranium enrichi à 20 % pour fabriquer du combustible nucléaire, moins risqué en matière de prolifération. En retour, le groupe 5+1 devrait lui fournir des isotopes médicaux pour le traitement du cancer et pour permettre des avancées technologiques dans la fabrication de combustibles. Cet accord technique pourrait répondre aux exigences de l’Iran en matière nucléaire en rassurant le groupe 5+1 quant aux risques de prolifération.
Cet accord, extrêmement technique, ne résoudra pas la crise, mais il pourrait fournir le temps et le recul nécessaire pour évoquer des sujets plus sensibles, comme le gel des nouvelles centrifugeuses de Fordow et la suppression ou l’allègement des sanctions.
Pour qu’elles aboutissent, ces négociations techniques devront répondre à plusieurs considérations. Premièrement, les discussions devront être continues, se tenir à l’écart des médias, et être suivies par un dialogue entre experts politiques et députés. Deuxièmement, les représentants devront garder à l’esprit que rien n’est pire que l’immobilisme, particulièrement compte tenu des contraintes nationales à Téhéran et à Washington et de l’impatience d’Israël. Comme l’a dit Henry Kissinger, les négociateurs devront s’assurer que les affaires urgentes n’éclipsent pas les questions importantes.
Enfin, avec l’embargo sur le pétrole et les sanctions contre la banque centrale iranienne, le risque d’une dangereuse escalade n’est pas si lointain. Si un accord, même limité, n’est pas atteint cet été, l’Iran pourrait se radicaliser davantage, ce qui aggraverait les tensions et réduirait les chances de trouver un accord.
Plutôt que de camper sur leurs positions, l’Iran et le groupe 5+1 devraient accueillir positivement les négociations en matière technique et tenter de trouver un accord partiel. Des progrès dans ce domaine et la perspective d’une poursuite du dialogue ouvriront la voie à une solution plus complète, qui ne cesse d’échapper aux protagonistes depuis 2003.
Ali Vaez, analyste principal pour l’Iran de l’International Crisis Group
ARTICLE ORIGINAL (Le Monde)
Photo: Alireza Javaheri/Wikimedia Commons

Il est trop tôt pour renoncer à la diplomatie avec l’Iran | Le Monde

Par Ali Vaez

A Istanbul, le 14 avril, les négociations entre experts iraniens et grandes puissances mondiales se sont conclues sans véritable progrès, si ce n’est la promesse d’une nouvelle rencontre. A Washington comme à Téhéran, les interprétations divergent. Les partisans d’une ligne dure dénoncent une diplomatie vaine, les modérés y voient une nouvelle opportunité manquée qui ne présage rien de bon. Le fossé entre les parties est tel, en raison de profonds malentendus et de différents objectifs, que les dernières négociations étaient vouées à l’échec. Pourtant, les perspectives de sortie de crise par le dialogue sont moins minces qu’il n’y parait.

Le groupe 5+1 (le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne), et l’Iran pensaient être en position de force en arrivant à la table des négociations. Pourtant, en se montrant enclin à reprendre le chemin de la diplomatie, chacun a envoyé ce qui a été perçu par l’autre comme un signe de faiblesse.

Si la rencontre initiale d’Istanbul s’est focalisée sur des formalités, celle de Bagdad, le 23 mai, a vu les parties échanger de véritables propositions, certes peu conciliantes. Le groupe 5+1 a émis une offre en trois volets : que l’Iran halte son enrichissement d’uranium à 20 %, qu’il exporte ses stocks d’uranium enrichi et qu’il ferme la centrale de Fordow. En retour, le groupe 5+1 s’abstiendrait d’imposer de nouvelles sanctions, ouvrirait l’accès restreint de l’Iran aux pièces détachées d’avions, fournirait le réacteur de recherche de Téhéran en énergie nucléaire, et favoriserait la coopération en matière de sécurité nucléaire.

Une proposition que l’Iran a rejetée, exigeant une reconnaissance explicite de son droit à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, conformément au Traité de non-prolifération. Les négociateurs iraniens auraient également présenté une proposition comprenant, entre autres, une coopération accrue avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la mise en œuvre de la fatwa contre l’acquisition d’armes nucléaires du guide suprême, ainsi qu’une coopération en matière de sécurité régionale, notamment sur la situation en Syrie et au Bahreïn. En retour, l’Iran obtiendrait la normalisation du dossier nucléaire et la levée des sanctions internationales.

C’est au cours de leur troisième rencontre à Moscou que les négociateurs ont entamé un dialogue de fond. Bien qu’il n’ait pas abouti, celui-ci a suivi la logique de la négociation, évoluant vers une meilleure compréhension de l’autre sans attentes irréalistes. Téhéran sait qu’il ne pourra pas échapper aux sanctions en ne prenant que quelques mesures superficielles, et Washington et Bruxelles ont conscience qu’en dépit de leurs effets, les sanctions ne forceront pas l’Iran à accepter un compromis.

Ce pragmatisme semble expliquer la décision de poursuivre les discussions à un niveau inférieur. Les réunions à haut niveau, énièmes tentatives de gagner du temps, avaient en effet peu de chance de réussir, tant les divergences alimentent le jusqu’au-boutisme. A l’inverse, les réunions abordant des sujets techniques peuvent avoir lieu dans une atmosphère moins chargée, loin des polémiques politiques.

Si le dossier nucléaire iranien est un sujet éminemment politique, la coopération à ce niveau est quasi inexistante, alors qu’un progrès réel est possible dans le domaine technique. Les deux parties semblent prêtes à trouver un compromis pour arrêter l’enrichissement d’uranium à 20 %, niveau dangereusement proche de l’usage militaire. L’Iran devrait accepter de suspendre ses activités d’enrichissement à ce niveau et de convertir ses stocks d’uranium enrichi à 20 % pour fabriquer du combustible nucléaire, moins risqué en matière de prolifération. En retour, le groupe 5+1 devrait lui fournir des isotopes médicaux pour le traitement du cancer et pour permettre des avancées technologiques dans la fabrication de combustibles. Cet accord technique pourrait répondre aux exigences de l’Iran en matière nucléaire en rassurant le groupe 5+1 quant aux risques de prolifération.

Cet accord, extrêmement technique, ne résoudra pas la crise, mais il pourrait fournir le temps et le recul nécessaire pour évoquer des sujets plus sensibles, comme le gel des nouvelles centrifugeuses de Fordow et la suppression ou l’allègement des sanctions.

Pour qu’elles aboutissent, ces négociations techniques devront répondre à plusieurs considérations. Premièrement, les discussions devront être continues, se tenir à l’écart des médias, et être suivies par un dialogue entre experts politiques et députés. Deuxièmement, les représentants devront garder à l’esprit que rien n’est pire que l’immobilisme, particulièrement compte tenu des contraintes nationales à Téhéran et à Washington et de l’impatience d’Israël. Comme l’a dit Henry Kissinger, les négociateurs devront s’assurer que les affaires urgentes n’éclipsent pas les questions importantes.

Enfin, avec l’embargo sur le pétrole et les sanctions contre la banque centrale iranienne, le risque d’une dangereuse escalade n’est pas si lointain. Si un accord, même limité, n’est pas atteint cet été, l’Iran pourrait se radicaliser davantage, ce qui aggraverait les tensions et réduirait les chances de trouver un accord.

Plutôt que de camper sur leurs positions, l’Iran et le groupe 5+1 devraient accueillir positivement les négociations en matière technique et tenter de trouver un accord partiel. Des progrès dans ce domaine et la perspective d’une poursuite du dialogue ouvriront la voie à une solution plus complète, qui ne cesse d’échapper aux protagonistes depuis 2003.

Ali Vaez, analyste principal pour l’Iran de l’International Crisis Group

ARTICLE ORIGINAL (Le Monde)

Photo: Alireza Javaheri/Wikimedia Commons

8 Aug
COMMENT  |  Mali: Remettre de l’ordre au Sud  |  Slate Afrique
By GILLES YABI
Le retour à Bamako du président intérimaire Dioncounda Traoré le 27 juillet 2012 et son discours rassembleur du 29 juillet sont de bonnes nouvelles pour le Mali, mais les obstacles à une normalisation politique sont encore nombreux. La bataille farouche pour le contrôle de la transition n’est pas terminée. 
Certains contestent toujours la légitimité de l’ancien président de l’Assemblée nationale sous Amadou Toumani Touré (ATT) à diriger le pays pendant cette période critique de transition. 
FULL ARTICLE (Slate Afrique)
Photo: DioncoundaTraore2012/Wikimedia Commons

COMMENT  |  Mali: Remettre de l’ordre au Sud  |  Slate Afrique

By GILLES YABI

Le retour à Bamako du président intérimaire Dioncounda Traoré le 27 juillet 2012 et son discours rassembleur du 29 juillet sont de bonnes nouvelles pour le Mali, mais les obstacles à une normalisation politique sont encore nombreux. La bataille farouche pour le contrôle de la transition n’est pas terminée. 

Certains contestent toujours la légitimité de l’ancien président de l’Assemblée nationale sous Amadou Toumani Touré (ATT) à diriger le pays pendant cette période critique de transition. 

FULL ARTICLE (Slate Afrique)

Photo: DioncoundaTraore2012/Wikimedia Commons

4 Aug
En Tunisie, l’urgence est économique et sociale | Libération
Par Michael Ayari
Alors que le chaos règne à travers le monde arabe, la Tunisie vit une transition démocratique relativement pacifique. Or, au-delà de ce calme apparent, les slogans de la contestation résonnent encore. Les nombreuses manifestations sociales et la violence salafiste, dont les principaux acteurs sont issus d’une jeunesse marginalisée, sont les symptômes de ce mécontentement. Les difficultés économiques ébranlent la confiance que les citoyens accordent au gouvernement. Le président tunisien, Moncef Marzouki, a affirmé que si les problèmes socio-économiques ne sont pas rapidement pris en compte, le risque de “révolution dans la révolution” n’est pas à écarter. 
Si la colère gronde, la Tunisie n’est pas au bord d’une nouvelle insurrection. Ni les partis politiques ni la puissante centrale syndicale, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ne sont à la recherche d’une nouvelle épreuve de force. Les classes moyennes, de plus en plus lasses, souhaitent également éviter l’irruption d’une nouvelle contestation. Mais, afin de contenir la colère populaire, le Premier ministre, Hamadi Jebali, et son équipe gagneraient fort à s’attaquer à trois problèmes majeurs. En premier lieu, la question du chômage, surtout celui des diplômés de l’enseignement supérieur, doit être une priorité absolue. Ces derniers sont enclins à descendre dans les rues pour exprimer violemment leur ressentiment. En second lieu, le gouvernement devrait réduire les inégalités régionales qui font peu à peu perdre espoir aux habitants de l’intérieur du pays. Enfin, il devrait prêter attention à la réorganisation des réseaux de corruption depuis la chute des familles du président Zine al-Abidine Ben Ali et de son épouse, Leïla Trabelsi. Une sorte de “réveil des intermédiaires” - ces fonctionnaires de moyen rang corrompus - très préoccupant semble se produire. 
L’Assemblée nationale constituante (ANC) devrait adopter des mesures d’urgence afin de surmonter les obstacles administratifs freinant les projets relatifs à l’emploi des jeunes diplômés et au développement régional. Elle pourrait par exemple nommer un comité de crise bénéficiant de l’autorité nécessaire pour débloquer ces projets dans les plus brefs délais. Le gouvernement pourrait, de même, créer des commissions d’enquête et d’actions composées de forces sécuritaires et de médiateurs locaux afin, d’une part, de répondre aux conflits violents, notamment dans le bassin minier, et, d’autre part, d’enquêter sur les activités du marché noir, y compris la contrebande - vivier de groupuscules jihadistes violents - dans l’intérieur du pays et les régions frontalières. 
Le secteur informel doit sortir des marges de la légalité pour devenir un véritable moteur de croissance. Lourdeurs bureaucratiques, humiliations quotidiennes et confinement dans une économie désorganisée découragent l’esprit entrepreneurial et freinent le développement d’une économie plus transparente dont les acteurs seraient enclins à rendre des comptes de manière responsable. Lorsque justice, équité et lutte contre l’impunité sont mises à mal, des émeutes et des violences claniques éclatent, révélant ainsi la faiblesse du dialogue et l’étendue des clivages séparant gouvernants de la capitale et gouvernés des régions oubliées. Les syndicats et les associations civiles pourraient pallier ces lacunes. La communauté internationale pourrait soutenir le développement régional et local ; encourager la formation continue des jeunes diplômés en recherche d’emploi ; fournir une assistance technique dans le domaine de l’insertion professionnelle ; et faciliter la croissance des entreprises locales, y compris à travers l’assistance technique aux start-up et l’octroi de microcrédits. 
La démocratisation devrait impérativement atteindre les administrations régionales et locales. Des nouveaux mécanismes de consultation, permettant aux habitants des zones les plus reculées de mieux comprendre les politiques économiques et sociales et de s’exprimer à leur sujet, pourraient être expérimentés dans les gouvernorats de l’intérieur du pays. 
Même si le gouvernement est conscient de ces problèmes, la contestation risque de provoquer une crise de légitimité des élites politiques. Afin de l’éviter, les stratégies à mettre en œuvre devraient privilégier le dialogue entre tous les segments de la société. Après avoir subi des décennies durant des décisions venant d’en haut et étant donné les défis socio-économiques énormes auxquels ils devront faire face, les Tunisiens ne méritent pas moins que cela.
Michael Ayari est analyste principal pour la Tunisie de l’International Crisis Group.
ARTICLE ORIGINAL (La Libération) 
Photo: Les commerçants sur un marché de Tunis, Crédit: Magharebia

En Tunisie, l’urgence est économique et sociale | Libération

Par Michael Ayari

Alors que le chaos règne à travers le monde arabe, la Tunisie vit une transition démocratique relativement pacifique. Or, au-delà de ce calme apparent, les slogans de la contestation résonnent encore. Les nombreuses manifestations sociales et la violence salafiste, dont les principaux acteurs sont issus d’une jeunesse marginalisée, sont les symptômes de ce mécontentement. Les difficultés économiques ébranlent la confiance que les citoyens accordent au gouvernement. Le président tunisien, Moncef Marzouki, a affirmé que si les problèmes socio-économiques ne sont pas rapidement pris en compte, le risque de “révolution dans la révolution” n’est pas à écarter. 

Si la colère gronde, la Tunisie n’est pas au bord d’une nouvelle insurrection. Ni les partis politiques ni la puissante centrale syndicale, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ne sont à la recherche d’une nouvelle épreuve de force. Les classes moyennes, de plus en plus lasses, souhaitent également éviter l’irruption d’une nouvelle contestation. Mais, afin de contenir la colère populaire, le Premier ministre, Hamadi Jebali, et son équipe gagneraient fort à s’attaquer à trois problèmes majeurs. En premier lieu, la question du chômage, surtout celui des diplômés de l’enseignement supérieur, doit être une priorité absolue. Ces derniers sont enclins à descendre dans les rues pour exprimer violemment leur ressentiment. En second lieu, le gouvernement devrait réduire les inégalités régionales qui font peu à peu perdre espoir aux habitants de l’intérieur du pays. Enfin, il devrait prêter attention à la réorganisation des réseaux de corruption depuis la chute des familles du président Zine al-Abidine Ben Ali et de son épouse, Leïla Trabelsi. Une sorte de “réveil des intermédiaires” - ces fonctionnaires de moyen rang corrompus - très préoccupant semble se produire. 

L’Assemblée nationale constituante (ANC) devrait adopter des mesures d’urgence afin de surmonter les obstacles administratifs freinant les projets relatifs à l’emploi des jeunes diplômés et au développement régional. Elle pourrait par exemple nommer un comité de crise bénéficiant de l’autorité nécessaire pour débloquer ces projets dans les plus brefs délais. Le gouvernement pourrait, de même, créer des commissions d’enquête et d’actions composées de forces sécuritaires et de médiateurs locaux afin, d’une part, de répondre aux conflits violents, notamment dans le bassin minier, et, d’autre part, d’enquêter sur les activités du marché noir, y compris la contrebande - vivier de groupuscules jihadistes violents - dans l’intérieur du pays et les régions frontalières. 

Le secteur informel doit sortir des marges de la légalité pour devenir un véritable moteur de croissance. Lourdeurs bureaucratiques, humiliations quotidiennes et confinement dans une économie désorganisée découragent l’esprit entrepreneurial et freinent le développement d’une économie plus transparente dont les acteurs seraient enclins à rendre des comptes de manière responsable. Lorsque justice, équité et lutte contre l’impunité sont mises à mal, des émeutes et des violences claniques éclatent, révélant ainsi la faiblesse du dialogue et l’étendue des clivages séparant gouvernants de la capitale et gouvernés des régions oubliées. Les syndicats et les associations civiles pourraient pallier ces lacunes. La communauté internationale pourrait soutenir le développement régional et local ; encourager la formation continue des jeunes diplômés en recherche d’emploi ; fournir une assistance technique dans le domaine de l’insertion professionnelle ; et faciliter la croissance des entreprises locales, y compris à travers l’assistance technique aux start-up et l’octroi de microcrédits. 

La démocratisation devrait impérativement atteindre les administrations régionales et locales. Des nouveaux mécanismes de consultation, permettant aux habitants des zones les plus reculées de mieux comprendre les politiques économiques et sociales et de s’exprimer à leur sujet, pourraient être expérimentés dans les gouvernorats de l’intérieur du pays. 

Même si le gouvernement est conscient de ces problèmes, la contestation risque de provoquer une crise de légitimité des élites politiques. Afin de l’éviter, les stratégies à mettre en œuvre devraient privilégier le dialogue entre tous les segments de la société. Après avoir subi des décennies durant des décisions venant d’en haut et étant donné les défis socio-économiques énormes auxquels ils devront faire face, les Tunisiens ne méritent pas moins que cela.

Michael Ayari est analyste principal pour la Tunisie de l’International Crisis Group.

ARTICLE ORIGINAL (La Libération) 

Photo: Les commerçants sur un marché de Tunis, Crédit: Magharebia

22 Jun
Egypte : “Aucun des acteurs de la transition ne sait où il va” | Le Monde
Par Propos recueillis par Benjamin Barthe
Robert Malley, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à l’International Crisis Group, analyse la situation politique en Egypte, marquée par une très grande confusion.
Dimanche 17 juin, quelques heures après la fin de l’élection présidentielle, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la chute d’Hosni Moubarak, a dépouillé le futur chef de l’Etat de l’essentiel de ses attributions, alimentant les spéculations sur un coup d’Etat militaire rampant.
ARTICLE COMPLET
Photo: Gigi Ibrahim/Flickr

Egypte : “Aucun des acteurs de la transition ne sait où il va” | Le Monde

Par Propos recueillis par Benjamin Barthe

Robert Malley, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à l’International Crisis Group, analyse la situation politique en Egypte, marquée par une très grande confusion.

Dimanche 17 juin, quelques heures après la fin de l’élection présidentielle, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la chute d’Hosni Moubarak, a dépouillé le futur chef de l’Etat de l’essentiel de ses attributions, alimentant les spéculations sur un coup d’Etat militaire rampant.

ARTICLE COMPLET

Photo: Gigi Ibrahim/Flickr

26 Mar
International Crisis Group

Burundi: la crise de corruption

26 mars 2012 : Thierry Vircoulon, directeur du projet pour l’Afrique centrale de l’International Crisis Group, revient sur la nature, très politique, de la corruption au Burundi, et Il en expose les conséquences sur le développement du pays, et définit des recours pour lutter contre le problème.

(Source: bit.ly)

10 plays
Album Art
24 Jan

Le 21e: LE POUVOIR PAR L’INFORMATION, L’ANALYSE ET LA PERSUASION

Femme d’idées et d’action, Louise Arbour aborde des questions qui lui tiennent à coeur : les droits de la personne, la démocratie… Citant en exemple le cas de Mouammar Kadhafi, elle identifie le grand défi auquel sont confrontés les organismes de justice internationale : trouver des moyens de faire progresser, en même temps, la paix et la justice, deux ambitions légitimes des peuples. Elle réfléchit aussi à l’exercice du pouvoir, qui se pratique sur une courte période, alors que les gouvernements sont confrontés à des processus décisionnels qui eux prennent du temps.  

REGARDEZ LE VIDEO